Un euro qui ne tiendrait plus dans la poche, mais dans un code. Voilà la promesse, ou la menace, selon les points de vue, qui se profile à l’horizon : l’euro numérique pourrait bien obtenir, sous peu, son propre cadre légal. L’idée, portée par la Commission européenne, ne relève plus du simple concept de laboratoire. L’institution compte présenter un projet de loi dès 2023, en s’appuyant sur l’expérience menée par la Banque centrale européenne. Les enjeux, eux, dépassent de loin la simple innovation technologique.
La Commission européenne accélère sur l’euro numérique
La prudence attendra. Interrogée lors d’une conférence dédiée aux technologies financières à Bruxelles, Mairead McGuinness, en charge de la stabilité financière et des marchés, l’a clairement indiqué : la route vers un texte spécifique sur l’euro numérique est déjà tracée. Les outils sont prêts, les ambitions aussi. Bruxelles ne temporise plus : une proposition législative verra le jour dès 2023. L’Union européenne refuse de regarder le train passer, surtout quand il s’agit de souveraineté monétaire et d’innovation financière.
Lire également : Repérer facilement du palladium à l'état naturel
La dynamique est portée par l’essor que connaît les cryptomonnaies. Impossible d’ignorer ce bouleversement. L’envolée de ces devises virtuelles pousse banques centrales et gouvernements à s’emparer du sujet : il s’agit désormais de penser une réponse crédible. L’objectif ? Rester acteur au lieu de devenir spectateur, anticiper les usages de demain, assurer la fiabilité d’une monnaie nationale, même lorsqu’elle ne circule plus sous forme de pièces ou de billets.
La BCE, cheville ouvrière de la transformation
Pour façonner ce nouvel euro, la future loi européenne s’appuiera sur le travail conjoint de la Commission et de la Banque centrale européenne (BCE). La BCE n’en est plus à l’étape du débat théorique : elle expérimente d’ores et déjà le déploiement d’un euro digital, tout en analysant la robustesse de la technologie blockchain pour sécuriser ces opérations. Les équipes techniques planchent à huis clos, scrutent chaque faille, évaluent les risques et les promesses.
A lire également : Acheter de l'or avec Desjardins : les étapes simples à suivre
La feuille de route est claire : un prototype accessible au public devrait être testé d’ici la fin 2023. Ce test grandeur nature permettra de vérifier la solidité du mécanisme comme son acceptation réelle. Ensuite, le choix final appartiendra aux gouvernements de la zone euro. Chacun devra se positionner : donner son feu vert pour que l’euro numérique sorte des bancs d’essai et devienne monnaie publique. L’unanimité des États sera exigée pour basculer vers cette nouvelle ère. Si tout s’aligne, 2025 pourrait marquer le point de départ officiel.
L’histoire s’écrit désormais à coups de codes et de décisions politiques. La monnaie européenne, elle, s’apprête à changer de peau, sans bruit d’argent ferré, mais sous surveillance et par scrutins successifs. Et qui sait : dans deux ans, il suffira peut-être d’une clé numérique pour accéder à son premier billet virtuel.

